Retour sur l’événement « Le 12 août, j’achète un livre québécois » : réflexions et perspectives…

L’initiative de Patrice Cazeault et Amélie Dubé a remporté un succès inespéré au cours des dix derniers jours en soulevant les passions et les questions dans les réseaux sociaux et en ralliant presque tous les acteurs d’un milieu souvent très divisé (#LittQc). Plusieurs autres médias — journaux, télévision —, et certains généralement peu enclins à parler du livre et de la lecture, ont fait référence au projet.

Et hier… hier… Ça aura été un véritable feu d’artifice! Gros succès en librairie et sur le Web, pour les livres imprimés et numériques!

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Mike Lacroix, de l’équipe De Marque,
12 août 2014 (Éditions Alto)

En date du 12 août, en soirée, près de 10 500 personnes avaient confirmé sur Facebook leur intention d’acheter au moins un livre québécois au cours de la journée… (dont plus de 100 parmi mes propres amis Facebook!). Personnellement, mon choix s’est porté sur le recueil de nouvelles Crimes à la librairie des éditions Druide — que j’ai acheté en format numérique (je prévois en faire la lecture sur mon iPhone lors de mes déplacements en transports en commun dans les prochaines semaines).

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Clément Laberge, de l’équipe De Marque,
12 août 2014 (Éditions Druide)

Si l’opération « Le 12 août, j’achète un livre québécois » a aussi bien fonctionné, selon moi, c’est surtout parce que l’initiative était positive, mais aussi, et peut-être plus encore, parce qu’elle offrait aux lecteurs un moyen pour s’engager concrètement et montrer leur solidarité envers les auteurs, éditeurs et libraires qui sont éprouvés par les temps qui courent.

Une mobilisation d’une seule journée, même aussi largement suivie, ne change évidemment rien à la nature des défis nombreux et complexes auxquels le monde du livre est en ce moment confronté, mais il demeure que le succès de l’initiative de ces deux auteurs doit faire réfléchir tout le monde sur la tonalité du discours qui est employée pour rendre compte de cette situation dans l’espace public.

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Josée Marcotte, de l’équipe De Marque,
12 août 2014 (Éditions Héliotrope)

Est-il vraiment nécessaire mettre autant d’effort à dire qu’il existe un problème? (puisque cela semble déjà compris)

Est-ce une bonne idée de plaider la vulnérabilité des acteurs du monde du livre? (cela donne peut-être l’impression d’une cause perdue)

Est-il efficace de s’adresser aux pouvoirs publics sans avoir préalablement l’appui de la population? (qu’il deviendrait alors essentiel de mobiliser)

Christian Roy, de l’équipe De Marque,
12 août 2014 (La Courte échelle)

Et si on consacrait plutôt nos énergies à susciter l’engagement des lecteurs dans la transformation du marché du livre? Par des appels à l’action de toutes sortes — avec l’idée de faire parler de la lecture et du livre sous toutes leurs formes, de façon positive, le plus souvent possible?

Et si le 12 août marquait le début d’une autre approche dans les revendications des acteurs du monde du livre, moins basée sur le lobbying et plus sur l’animation d’une communauté?

Il s’agit de mon observation et de mes questionnements, suscités par le succès de cette initiative; comme quoi cette journée n’aura peut-être pas seulement été une invitation à l’achat de livres québécois, mais également l’occasion de susciter quelques réflexions…


4 Réponses

    Clément, quel bon achat tu as fais là! 😉 Oui en effet cet évènement a et suscite encore plusieurs réflexions. Et l’approche « communauté des lecteurs québécois » est bien de son temps et une bonne piste pour poursuivre les initiatives pour faire connaître nos #AuteursQC et ##ÉditeursQC trop souvent ignorés par les lecteurs. J’ai l’impression que beaucoup de gens croient que parce que c’est en français, c’est québécois.
    Un peu comme le cinéma hollywoodien qui est connu pour ses têtes d’affiches plutôt que par ses réalisateurs, les gens n’ont pas le réflexe de mettre en mémoire le nom de l’éditeur alors qu’ils se donneraient davantage de chance de trouver un prochain titre dans leur gamme de préférences et goûts plus adéquatement dans le cas contraire!

    En tout cas je suis très heureux pour nous tous que ce genre d’inititive fasse germer d’autres idées et actions. L’heure n’est pas au désespoir, bien au contraire! N’ayons pas peur des critiques négatives et superficielles losqu’il s’agit de véhiculer nos valeurs fondamentales!

    Pensons à nous et travaillons ensemble pour nous !

    Merci pour ce billet.

    Mon cher Clément,
    Plusieurs réflexions en ce qui me concerne. Primo, j’achète à chaque semaine un livre québécois, je lis ceux que j’achète aux lancements de livres, j’ai fait de nombreuses actions pour améliorer et la qualité littéraire, et les conditions des écrivains. Deuzio, je n’aime pas ces «obligations» d’acheter lors d’un mouvement de masse. Je l’ai écrit sur Facebook et j’ai reçu des messages haineux sur mon potentiel snobisme et mon manque de solidarité. Pourtant, j’ai proposé LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE L’ÉDITION AU QUÉBEC et tenté d’obtenir l’assentiment, la participation des écrivains qui n’y tiennent pas. Hier encore, j’ai reçu un courriel d’un auteur qui accepte de ne pas être payé (droits d’auteur) parce qu’il sait que l’éditeur a des difficultés financières et qu’il est un grand auteur lui-même. Les auteurs veulent publier, qu’on ne les paye pas, que leurs livres ne reçoivent aucune promotion, que nous soyons cent fois trop d’écrivains et d’éditeurs. Vaste coup d’épée dans l’eau que ce 12 août. Des incitations à coeur d’année, oui. Dans mes formations des enseignants en « incitation à faire lire leurs élèves », je dis toujours: La lecture ne doit pas être un devoir, mais un privilège. Donc, dès la pré-maternelle, le livre doit être un objet magique qui doit remplacer les: t’as fini ton travail, va faire un dessin! Il faut que lire soit un moment merveilleux que les enseignants ont la gentillesse d’accorder à leurs élèves. Et ils doivent premièrement lire eux-mêmes. Lire te rappointit une plume, mon ami! M’enfin, vient un temps où l’aïeule doit se taire et préparer son silence éternel.

    Merci de soutenir les créateurs d’ici, Mme Allard.

    Mais, vaste coup d’épée dans l’eau? Ce n’est pas l’expression qui me vient en tête… surtout pas en admirant les photos de petits nez dans de petits livres colorés.

    La simplicité du geste a su séduire les lecteurs. Pourquoi lever le nez sur le succès de cette journée?


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