Pratiques et politiques inspirantes du livre d’ici et d’ailleurs (ALQ)

 

ALQ_11mars2014_Photo1Le 11 mars dernier se déroulait, à la Société des arts technologiques (SAT) de Montréal, la 6e Rencontre interprofessionnelle organisée par l’Association des libraires du Québec (ALQ). Les acteurs du monde du livre ont pu échanger sur les enjeux du moment, faire un bilan de la situation et présenter brièvement les défis pour les libraires d’aujourd’hui et de demain.

Éric Blackburn, copropriétaire de la librairie Le Port de tête a su mettre de l’avant l’importance cruciale de travailler avec la concurrence pour favoriser la complémentarité de l’offre et la spécialisation des libraires. En effet, si la bibliodiversité est à préconiser pour le milieu du livre en pleine évolution, la diversité des approches doit aller de pair (par exemple, la spécialisation dans les événements et lancements de livres pour cette librairie). Monsieur Blackburn nous a ainsi rappelé que bibliodiversité rime avec créativité, et que les moyens de continuer à exercer dans le domaine doivent nécessairement innover avec le marché et ses diverses mutations.

Dans une perspective internationale, la vidéoconférence de M. Octavio Kulesz (directeur de Teseo, une des premières maisons d’édition numériques d’Amérique latine) a éclairé les participants sur la place occupée par l’édition numérique dans le monde émergent. Bien souvent, qu’il s’agisse de l’Amérique latine, de l’Afrique, de l’Inde, même également de la Chine dans une certaine mesure, c’est l’éducation qui incarne un véritable vecteur de la numérisation et de l’accès à la culture du livre.

L’Amérique latine représente à elle seule un immense phénomène social du livre, comme le mentionne M. Kulesz. Il y réside un impressionnant intérêt culturel pour les ebooks, car l’accessibilité au livre y est dorénavant facilitée grâce au numérique : plus de 1 million d’usagers sont abonnés à la bibliothèque numérique du Brésil via Nuvem de Livros; les clubs de livres sont grandement présents également sur les réseaux sociaux (entre autres, SKOOB, un réseau fort populaire, dont le nom se lit comme Books à l’envers, et qui semblerait ne pas avoir son équivalent ailleurs dans le monde…); et les e-librairies locales demeurent aussi fort actives sur le marché en ébullition.

Ce sont les projets technologiques low cost qui ont pour leur part creusé le chemin pour le numérique en Afrique; les multiples projets low cost en cours ces dernières années ont évolué pour faire place à un marché en croissance constante. Parmi ceux-ci, nous nommerons le projet Paperight (technologie POD informelle), ainsi que l’explosion des Coffee Shops du territoire, où les collectivités Internet s’y regroupent autour d’Internet en général et du livre numérique en particulier (et du café, bien sûr!). Toutefois, le plus important projet en Afrique a assurément été M4Lit, devenu par la suite YOZA : le projet de rendre le livre disponible sur les téléphones portables pour tous.

Si l’accessibilité de la population aux livres (papier et numérique) demeure un enjeu majeur pour la plupart de ces territoires, l’Inde présente encore de grandes disparités avec son réseau Internet faible, cela n’aidant pas la diffusion/réception des ouvrages. Cependant, pour l’Inde, c’est vraisemblablement l’industrie du software qui est le leader dans ce monde encore en mouvement; la tablette low cost pour l’éducation Aakash a su s’imposer. Par le biais de l’éducation, Aakash présente une révolution technique et éditoriale de taille en Inde.

Dans le monde émergent d’accès aux livres au format numérique, M. Kulesz résume donc que, puisqu’il faut viser les gens, la meilleure façon massive de les rejoindre est de passer par leurs téléphones portables… C’est dans cette perspective que M. Kulesz pressent la Chine comme rien de moins que le marché de demain le plus extraordinaire à surveiller : « La Chine pourrait bientôt être considérée comme le centre du monde pour l’édition numérique. » Par ailleurs, avec ses Titans du Pacifique, comme Alibaba, Tencent et Baidu, voire même Shanda dans le monde des jeux vidéo, la Chine incarne indiscutablement un point névralgique à considérer dans l’équation.

Aux livres format papier et aux livres format numérique s’ajoutent alors dans ce grand réseau international des professionnels culturels du monde du livre, de nombreux pays, de multiples acteurs technologiques d’envergure qu’il nous faut connaître et reconnaître (notamment le secteur de l’éducation et les industries des téléphones portables et des jeux vidéo…), et ce, pour mieux comprendre l’évolution du marché global et ses enjeux, mais également pour y prendre notre part d’innovation et de changement dans toutes les opportunités qui s’annoncent pour le Livre… Nous sommes fiers de nos livres et de nos technologies : soyons créatifs et innovants!


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