Des chiffres (nécessaires) pour comprendre

Sur son blog La Feuille, L’édition à l’heure de l’innovation, publié sur Le Monde.fr, Hubert Guillaud abordait la semaine dernière un sujet très important pour le développement du marché de l’édition numérique : la transparence des plateformes. Inspiré d’un texte de Baldur Bjarnason, Ebook publishing platforms are a joke, l’article de Guillaud dénonce aussi le manque de transparence actuelle. Son titre, e-commerce : les plateformes de publications de livre électroniques sont des canulars, donne le ton.

On parle ici autant des plateformes de publication que des plateformes de distribution et des plateformes de vente. On parle aussi de la transparence, dans le sens où les plateformes devraient permettre à ceux qui les utilisent de consulter toutes les statistiques qui en découlent : information précise sur les ventes, bien sûr, mais bien plus encore.

Il y a certainement une tentation pour les opérateurs de plateforme de garder les données stratégiques de marché pour eux — mais comme Hubert Guillaud et Baldur Bjarnason, je ne crois pas, moi non plus, que cela soit dans l’intérêt de l’ensemble du marché.

Dans son article, Hubert Guillaud rapporte ainsi les propos de Bjarnason décrivant le cas des plateformes de publication — qui permettent aux auteurs de publier et de commercialiser eux-mêmes leurs textes :

« Elles devraient nous permettre de voir les renvois (referrals) c’est-à-dire qui génère du trafic sur les pages qui présentent vos livres ? Qu’il vienne tant des plateformes que de l’extérieur (blogs, forums, réseaux sociaux…). Elles devraient permettre d’analyser les taux de conversion: qui vend le plus, quels mots-clefs associés renvoient vers vos livres ?… Elles devraient permettre de voir comment fonctionne la « vente incitative » : combien de gens achètent un livre après en avoir téléchargé des extraits ? Combien de gens téléchargent un extrait gratuit ? Combien de gens passent de l’achat d’un livre gratuit à sa suite payante ?… Ils devraient offrir une segmentation fine des publics et du trafic: permettant de voir quel type de gens visite les pages d’un livre, ceux qui ont téléchargé un extrait, les nouveaux visiteurs … »

Or, la grande majorité de ces plateformes ne rendent pas disponible ce type d’information. Et ce n’est généralement pas par négligence. Hubert Guillaud poursuit :

« Les plateformes de publications ont une volonté délibérée de contrôler les données, comme le rappelait fort justement Hadrien Gardeur sur Twitter. Les métriques issues de l’ensemble des ventes des livres leur permettent de faire de la recommandation personnalisée à leurs clients. En s’appropriant les données de ventes, mais surtout « la sociologie des lecteurs (âge, revenu, localisation…), le comportement de lecture (où les gens démarrent, où ils arrêtent, ce qu’ils passent…) et ce qu’ils partagent (les passages qu’ils soulignent ou ceux sur lesquels ils prennent des notes ») (comme je le soulignais dans mon précédent billet), les plateformes fondent leurs modèles d’affaires sur les informations issues des comportements d’achats des lecteurs, dont ils gardent jalousement le monopole, au détriment des éditeurs et des auteurs. »

Je crois effectivement que les plateformes, quelles qu’elles soient, devraient contribuer à rendre plus « lisible » le marché, pas plus opaque — c’est–à-dire à le rendre « compréhensible », pour permettre aux utilisateurs d’apprendre — et à plus forte raison dans un contexte où un nouveau marché est en train d’apparaître, où les vieux réflexes sont inutiles et où les points de repère s’évanouissent.

C’est d’ailleurs pour cela que, dans le développement de Cantook, chaque fois que nous le pouvons, nous rendons disponibles les statistiques à l’écran, idéalement sous forme de graphiques, et nous permettrons aussi aux éditeurs de télécharger les données brutes, sous forme de fichiers csv ou xls — voire de les récupérer à partir de webservices / API. Idéalement tous les jours, voire en temps réel dans certains cas.

Nous travaillons très fort pour rendre utilisables plus aisément et plus rapidement des données de provenances diverses, qu’il est autrement très complexe pour les éditeurs d’interpréter (rapports de vente en provenance de différents détaillants, par exemple).

Nous sommes convaincus que ce sont des données auxquelles les éditeurs devraient, dans la mesure du possible, avoir accès librement, et en tout temps. Les éditeurs ne devraient pas accepter moins que cela à un moment aussi critique dans le développement d’un nouveau marché.

Je donnerai bientôt des exemples concrets de ce que cela peut vouloir dire.


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